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Poeme de la semaine
Awida
Awidaa marche, belle comme un chant zoulou errant dans les
plaines du Nataal,
Elle a la frêle indolence des roses à peine écloses.
Fière baronne des déserts, sinueux bolongs, feux de minuit,
Menhir au sommet du Fouta Djallon,
Depuis Eve, depuis Bésabée, elle hante mes nuits.
Depuis Eve, depuis Yacine Boubou,
Depuis Mbelgor, depuis Diakhaw,
Par les sentiers de terre rouge je vais.
Le soum soum des vanniers du Sine ne m’enivre plus,
Ces senteurs jadis familières, ces pagnes noirs, ces ndioup frénétiques
Les soirs de clair de lune...
Ah Sine de mes aïeuls !
De Mama Lang, des nostalgiques bouffées de sabataba,
Tes aubes charrient les flots de mes tourments.
Les lointaines contrées du Fouta m’appellent !
La terre sèche, les sons stridents des riti, ces mâchoires tatouées,
Ces libidors pendants,
Awidaa !
Awidaa résonne dans ma tête comme une harmonique,
Grondements sourds de tabalas, lors des veillées nocturnes.
Je marche, je marche vers le Fouta, Foundiougne, Fatick, Passy...
J’entends les chants profanes des troubadours de Mbelgor monter au loin.
Mbelgor !
Ville aux plaisirs faciles, aux infatigables danseuses.
Les calebasses y sont teintées de l’ocre du vin de palme,
Les femmes y enterrent leur virginité, comme les sables du désert, la voie
ferrée.
A Mbelgor, les rues sentent la sueur des corps en fusion,
Mbelgor, Sodome bannie de Dieu,
Les minarets des mosquées dit-on, y baissent la tête de honte.
Mbelgor est sur mon chemin
Contourner Mbelgor, c’est allonger ces heures déjà interminables, qui me
séparent
D’Awidaa,
C’est aiguiser la lame, qui déchiquette mon hymen ensanglanté,
C’est attiser le bûcher de mes jours heureux !
Et voila que Mbelgor me sourit de son rictus charnel,
Suis-je fait de chair et de sang ?
Cette année, les pluies ont été abondantes, les greniers craquent
Du mil fraîchement battu
L’odeur des galettes de maïs titille mes narines.
Les habitants de Mbelgor ont décidé d’égorger cent vaches pour remercier
Coumba Lamb.
« La générosité de Mame Coumba nous est parvenue,
Le tintement des marmites vides s’est tu,
Chantez gens de Mbelgor, dansez,
Réjouissez-vous avant que Mame coumba la capricieuse ne retienne sa main.
Reumb teumbiteum, Reumb teumbiteum... »
Sala Déguéne Fall, la fille du cordonnier, esquisse quelques pas de danse,
Les sabars endiablés qui reprennent en chœurs accélèrent le pouls de ses Frémissements,
Des cris déchirent le silence du crépuscule qui s’installe,
Ses ailes dessinent des arabesques, la poussière s’épaissit.
Les danseuses arrivent de partout, et relèvent les pans de leurs pagnes.
Les buveurs s’installent, tirent leurs outres d’en dessous des lits,
Les fumeurs curent leurs pipes, et commencent à trier les graines de l’herbe Enivrante...
Une nuit, je me souviens,
Une des ces innombrables nuits,
Bercé par le clapotis de la mangrove de Gandun,
Le souvenir de Awidaa ayant habité mes profondeurs abyssales,
Je m’écriais :
« Par la foudre des pangools de Mama Nguedj,
Par les Diakhanor de la grande lignée,
Par le lait maternel de Rockhy Adama,
Par la principauté de Fassna,
Je vieillirais sous l’ombre de tes prunelles !
Douce étreinte que ce regard chaste et pénétrant, au détour d’une rue,
Où le hasard de nos errances nous avait menés,
Ce regard portait en lui des siècles d’Histoire, faits d’apogées et de
déclins,
De cathédrales et de maisons closes,
Hyksos , Afars, Issas,
Les tambours du Berry et les flûtes d’Aden distillaient leurs mélodies
Dans ses yeux écarlates.
Belle comme un clair de lune à Boussourra,
Elle s’appelait Sarah...
Je fus foudroyé .
Je devins parjure.
Et sur ses ailes, je m’envolais pour toujours.
Felwine
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